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ESAT "CAT Notre Avenir" : un café au goût de solidarité

A l’ESAT "CAT Notre Avenir" de Bain-de-Bretagne arrivent par centaines des sacs de jute emplis de café vert issu du commerce équitable. Torréfaction, mouture et ensachage : depuis plus de 20 ans l’ESAT travaille avec la société Lobodis et le label Max Havelaar pour proposer des arabicas issus de l’économie solidaire. Retour sur l’histoire de ce pari osé devenu aujourd’hui une activité pérenne et emblématique pour l’ESAT.

ESAT "CAT Notre Avenir" : un café au goût de solidarité

L’histoire du café solidaire Lobodis Max Havelaar commence autour d’une rencontre, celle de trois doux rêveurs : Yves Thébault, Guy Durand et Olivier Bernardas. Respectivement Directeur adjoint de "CAT Notre Avenir", Président de Max Havelaar France et gérant de la société Lobodis en 1993, les trois hommes décident de se lancer main dans la main dans le commerce d’un café équitable. Le concept est simple : acheter un café de qualité (voire plus tard en partie issu de l’agriculture biologique) à un prix plancher, malgré des cours fluctuants, aux coopératives de petits producteurs de café à travers le monde tout en supprimant un maximum d’intermédiaires. Dans un second temps, le faire torréfier, moudre et ensacher par le personnel handicapé de l’ESAT en Bretagne. Puis vendre ce café labélisé responsable et solidaire à un prix à peine plus élevé que le café classique dans la plupart des enseignes de grande consommation sous la marque Lobodis.

Pour autant, en 1993, ce système d’économie solidaire n’en est qu’à ses balbutiements. «  A l’époque, j’ai contacté de grands torréfacteurs à travers toute la France, explique Yves Thébault Directeur adjoint de l’ESAT "CAT Notre Avenir", et tous m’affirmaient que l’idée n’était pas mauvaise mais que ça ne marcherait pas puisque le café serait plus cher et donc que le consommateur ne l’achèterait pas ». C’est donc dans un climat très sceptique que les trois pionniers tentent de renverser les schémas établis. « J’étais convaincu que ça pouvait marcher, que les consommateurs pouvaient être sensibles à notre démarche. Pour autant, il fallait un peu d’inconscience et de méconnaissance du marché pour se lancer, on ne se rendait pas compte des risques » avoue-t-il. Et en effet les premières années sont difficiles, l’investissement financier et technique est lourd pour l’ESAT, les ventes ne sont pas au rendez-vous avec seulement quatre tonnes de café torréfié par mois. Et puis finalement, effet inespéré, le café solidaire fait des émules, « et la naissance de la concurrence a finalement eu l’effet inverse de celui escompté : elle a fait connaître notre démarche et nos ventes ont commencé à augmenter » s’étonne encore aujourd’hui Yves Thébault.

Plus de vingt ans plus tard, les ventes ont plus que décollées avec près de 800 tonnes de café traitées dans les ateliers de l’ESAT par an. L’équipe de travailleurs handicapés a été multipliée par cinq en passant de quatre à vingt ouvriers. « C’était un sacré pari et une belle aventure, confie Yves Thébault, aujourd’hui nous sommes en confiance, notre mariage avec Lobodis et Max Havelaar dure depuis plus de vingt ans, les choses sont claires, nous fonctionnons en totale transparence et dans un partenariat gagnant-gagnant » ajoute-t-il. L’ESAT, dont les locaux se sont déjà agrandis, souhaite aujourd’hui maintenir le tonnage et tendre à l’amélioration de la qualité du produit. La torréfaction du café, c’est-à-dire sa cuisson, demande en effet expertise, connaissance des types de café et souci du détail quant aux durées et températures de cuisson. Au dernier maillon de la chaîne de solidarité, les compétences et savoir-faire des travailleurs handicapés sont donc valorisés.

Avec seulement une vingtaine d’ouvriers sur la chaîne du café, sur les 157 travailleurs que compte l’ESAT, l’activité de torréfaction peut sembler mineure. Elle n’en reste pas moins emblématique, unique dans le secteur adapté et protégé, et tout à fait en avance sur son temps. Par son positionnement de précurseur sur la mise en place d’un système d’économie solidaire, l’ESAT a su tirer son épingle du jeu. « Cette activité est aujourd’hui rentable et nous permet d’aider à faire fonctionner d’autres activités de l’ESAT qui le sont moins. L’objectif n’est pas que financier, il s’agit d’offrir du travail au personnel handicapé » rappelle Yves Thébault. Jusqu’au bout du parcours, le principe gagnant-gagnant est donc respecté. Et la cohérence sociale est indiquée sur les trois millions de paquets de café qui sortent de l’atelier de Bain-de-Bretagne sous l’étiquette : double geste de solidarité. 



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