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Un parrainage professionnel... qui va bien au-delà.

Un parrainage professionnel... qui va bien au-delà.

C'est l'histoire de la rencontre d'une association d'insertion de personnes handicapées et d'une collectivité locale. Mais au-delà, ce sont aussi des histoires de rencontres personnelles entre deux individus, dont l'un est dit : « handicapé ».

L'association c'est l'Adapt : Association pour l'insertion sociale et professionnelle des personnes handicapées, une structure nationale qui a plusieurs établissements en Normandie, dont un Esat. La collectivité c'est la CREA, Communauté d'agglomération de Rouen-Elbeuf-Austreberthe, née en 2010 de la fusion de quatre intercommunalités. D'un côté des bénévoles soucieux de la place des personnes handicapées dans la société, de l'autre une grosse collectivité territoriale, qui fait travailler 1050 agents au service des 71 communes qui la composent.

Un parrain et un filleul

En 2005, l'Adapt contacte la communauté  d'agglomération en lui présentant un projet. Il s'agit de faire parrainer des travailleurs handicapés par les salariés de collectivités ou d'entreprises du territoire. La CREA répond présent et dès l'année suivante l'opération « Parrainez une personne handicapée » est lancée. Des parrains volontaires qui travaillent au sein de la Communauté accompagnent leurs filleuls en recherche d'emploi. Le parrain s'engage à suivre son filleul durant un an, à le rencontrer au moins une fois par mois et à le soutenir dans ses projets et ses démarches, un investissement qui lui est permis par la CREA sur son temps de travail, à raison d'une heure par mois. Une douzaine de binômes sont ainsi créés chaque année depuis quatre ans et la cinquième édition a été lancée en septembre 2011 avec 8 nouveaux binômes et quatre de l'an passé qui sont reconduits. Commencée avec un seul Esat, l'opération associe maintenant 4 autres établissements.

Des histoires humaines

Concrètement, la CREA lance un appel auprès de son personnel pour repérer des volontaires qui vont suivre une formation d'une journée avant de se lancer dans l'aventure. Une commission constituée de représentants de l'Adapt et d'agents des directions de l'emploi-insertion et des ressources humaines de la CREA, va constituer les binômes sans chercher à ce que les profils professionnels des deux personnes collent parfaitement. Les parrains volontaires viennent en effet de tous horizons professionnels, techniques comme administratifs, et leur rôle est surtout : « ne pas faire, mais permettre de faire. »

Le résultat : certes un appui important pour les travailleurs handicapés qui les fortifie dans leur parcours d'insertion. Mais aussi, et peut-être surtout, un changement dans le regard que chacun porte sur le handicap. A tel point que ces histoires de parrainage se terminent souvent en histoires humaines. Francis a noué avec son filleul un vrai lien d'amitié et Valérie, marraine de Guillaume, résume ainsi ce qu'elle a vécu : « Pour moi la rencontre avec Guillaume aura surtout été une très belle expérience humaine. »

Sortir du seul travail social

Pour Laëtitia Robert, de la direction emploi-insertion de la CREA, qui supervise l'opération au sein de la collectivité, « ces parrainages permettent la rencontre de deux mondes qui se côtoient encore peu : le milieu professionnel classique et l'univers du handicap. Ces mondes gagnent mutuellement à se connaître ! » Thierry Gallot, directeur de l'Esat « Les Ateliers normands » du Mesnil-Esnard (76) et membre de l'Adapt, insiste pour sa part sur l'ouverture qu'offre l'opération aux travailleurs handicapés : « Elle permet un soutien par des personnes qui ne sont pas des travailleurs sociaux et dont le regard sur le marché de l'emploi est plus réaliste. » Pensé à l'origine dans une logique d'insertion professionnelle, le parrainage s'est vite élargi pour favoriser le projet de chaque personne handicapée, quel qu'il soit. Pour aider au bon fonctionnement des binômes, conseiller les parrains, assurer le lien avec l'établissement dont vient le filleul ; pour capitaliser l'expérience lorsqu'elle se termine et assurer ensuite le suivi de la personne accompagnée, 5 référents venus des 5 établissements associés sont là, à la fois comme ressources, recours et garantes. Un rôle qui permet à chacun de se rassurer ou de se confier si besoin.

Des rencontres qui ont de l'effet

Au sein des binômes la découverte va dans les deux sens. Ainsi, Bertrand Masson, chargé d'études à la direction de l'urbanisme de la CREA, a réalisé avec son filleul, Jean-Paul, à quel point les projets d'aménagement ne prenaient pas assez en compte la question du handicap. Il a du coup organisé une formation-sensibilisation pour ses collègues en leur proposant des mises en situation radicales : circuler les yeux bandés, les oreilles bouchées ou en fauteuil roulant... Comme quoi, en voulant aider des handicapés, ceux-ci, en retour, permettent des prises de conscience et des mises en mouvement qui, au final, seront bénéfiques pour les uns comme pour les autres.

Sylvie Calentier, directrice de l'achat public à la CREA, a elle aussi été marraine. Porteuse, au sein de la collectivité, des marchés passés avec les Esat et les EA, son désir de travailler avec ce secteur s'en est trouvé renforcé. Autre marraine, Natacha Xerri, directrice de la communication interne, s'est sensibilisée à la problématique de l'insertion des personnes handicapées. Elle a rejoint la commission qui chapeaute le parrainage et a traduit sa volonté d'aller plus loin en passant commande à un Esat des cadeaux de fin d'année de la CREA.

En savoir plus :

Sur la CREA : http://www.la-crea.fr/

Sur l'Adapt : http://www.ladapt.net/



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