Questions à Tristan Saladin, président de Handi-EM

Tristan Saladin | Président de Handi-EM

« Il y avait une méconnaissance de deux mondes, qui était choquante »

Créée en 2010, l'association Handi-EM, partenaire du Réseau Gesat, vise à mieux intégrer le handicap dans les entreprises du secteur pharmaceutique. Tristan Saladin, directeur des ressources humaines en France du laboratoire italien Chiesi est le président d'Handi-EM. Il répond à nos questions.

Questions à Tristan Saladin, président de Handi-EM

Comment est né Handi-EM ?

En janvier 2010, les entreprises du secteur pharmaceutique regroupées dans leur syndicat, le LEEM (LEs Entreprises du Médicament), ont signé avec les partenaires sociaux un accord de branche dans lequel des engagements étaient pris pour une meilleure intégration des travailleurs handicapés dans les entreprises du médicament. La création d'une association paritaire, dont ce serait l'objectif spécifique, était explicitement envisagée. Voilà l'origine d'Handi-EM qui est née en avril 2010. L'association est en quelque sorte l'outil dont s'est doté la branche pour mener des actions concrètes et ambitieuses en matière de handicap.

Vous devez faire face à quels défis ?

L'industrie pharmaceutique, il faut le reconnaître, était très en retard sur le sujet. C'est un secteur à haute technicité où l'on ne recrute pas en-dessous de bac + 2 et le lien ne se faisait pas naturellement avec le monde du handicap où les niveaux de formation initiale sont souvent faibles. Il y avait donc une méconnaissance des deux mondes qui, éthiquement était choquante : que les entreprises de la santé ignorent le monde du handicap, cela n'était pas acceptable. Il fallait par ailleurs rompre le tabou que représente souvent la déclaration de RQTH (Reconnaissance de la Qualité de Travailleur Handicapé) qui nous faisait ignorer, malgré nous, dans nos propres entreprises des personnes en situation de handicap. Le handicap était en quelque sorte invisible, ce qui est difficilement compatible avec l'obligation d'améliorer les conditions de travail... Vous le voyez, nous avions du travail sur la planche !

Quels sont vos priorités ?

Elles ont été définies dans le cadre de l'accord de branche. Il y a un volet emploi direct avec l'engagement des entreprises du médicament d'embaucher d'ici fin 2014, 400 personnes handicapées. Parallèlement, il y a aussi un volet emploi indirect qui vise à développer le recours au secteur protégé et adapté de la part de nos entreprises. En terme de maintien dans l'emploi, nous avons tout un volet qui tourne autour de l'aménagement des postes de travail et de l'anticipation des situations de handicap. Handi-EM intervient en appui à des actions menées dans les entreprises, y compris d'un point de vue financier. Et puis il y a un fort volet de sensibilisation en interne comme en externe. C'est pourquoi nous participons à des forums de l'emploi et que nous avons mis en place un site internet avec des offres et des demandes d'emploi spécifiques. Par ailleurs, chaque entreprise concernée par l'accord de branche (plus de 200) ont ou vont désigner en leur sein un correspondant handicap.

Vous avez noué un partenariat avec le Réseau Gesat. Pourquoi ?

En signant un partenariat avec le Gesat, Handi-EM souhaite développer la coopération entre les entreprises du médicament et le secteur du travail protégé et adapté. Il s'agit pour nous de partager sur des retours d'expériences avec les autres membres et de mettre en place des actions permettant de favoriser le recours au secteur protégé. Ainsi, en partenariat avec le Gesat, Handi-EM a décidé de lancer une enquête portant sur le recours au secteur protégé et adapté dans les entreprises du médicament. Cette enquête est adressée aux correspondants handicaps de chacune de nos entreprises. Le but est d'identifier les Esat et EA avec lesquels les entreprises du médicament ont travaillé et ainsi mieux connaître leurs offres ; mutualiser les expériences et favoriser le partage de bonnes pratiques ; créer une base de données qualifiée en fonction des attentes spécifiques des entreprises; fournir une visibilité sur l'ensemble des prestations pouvant potentiellement être sous-traitées au secteur protégé et adapté et accompagner de manière efficace et opérationnelle le développement et le suivi de la politique d'emplois indirects. Parallèlement un questionnaire sera envoyé en direction des Esat et des EA, pour repérer leurs offres et leurs habitudes actuelles de travail avec les entreprises du médicament.

Y-a-t-il de nouveaux métiers sur lesquels pourraient intervenir les Esat ?

Effectivement, nous voulons aussi réfléchir à l'évolution des métiers de demain, aux opportunités offertes par les nouvelles technologies de l'information et de la communication pour lever les barrières à la mobilité et créer des passerelles. Il existe aujourd'hui, via le télétravail par exemple, des possibilités d'emploi pour des personnes qui en étaient jusqu'alors exclues pour des questions matérielles de déplacement. Par ailleurs, il y a beaucoup d'opportunités de travail avec les Esat et les EA existants. Du reste, mais ce n'est qu'un exemple, le dépliant de présentation d'Handi-EM a été imprimé dans une entreprise adaptée membre du Gesat !

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