Les collectivités territoriales doivent investir dans la formation et les transports

depuis le jeudi 19 octobre 2006Philippe JUVIN | Vice-président du Conseil général des Hauts-de-Seine

Après toutes ces paroles, il ne me reste plus grand chose à ajouter, si ce n'est peut-être deux ou trois réflexions.

Premièrement, il faut toujours se méfier des bonnes paroles en matière de politique en faveur des personnes handicapées. Les bonnes paroles sont évidemment importantes, c'est le sujet de la journée. Mais trop souvent l'expérience montre que les politiques se limitent aux bonnes paroles. Or tout le monde est capable de faire de beaux discours plein d'humanité et de bonne volonté.

Ce sont des travers que nous voyons souvent dans les collectivités territoriales, et je sais l'extrême attention qu'a justement notre Délégué Interministériel pour que les paroles tenues ici ou là se traduisent par les actes. Je le remercie de sa fidélité au département des Hauts-de-Seine puisqu'il est toujours avec nous quand il s'agit de monter des opérations. Et c'est probablement un peu de conscience très locale qui me permet aussi de le remercier de sa fidélité à la ville de la Garenne, puisque nous nous voyons aussi souvent dans la ville dont je suis maire.

Des efforts supplémentaires

Dans notre département des Hauts-de-Seine, un département dynamique en matière d'emplois, avec le quartier de la Défense et des pôles importants de compétitivité, on s'aperçoit que, selon les statistiques dont on dispose, on est très en retard. En réalité le taux d'emploi des personnes handicapées dans les entreprises tourne aux alentours de 2 à 3%, ce qui n'est pas bon et demande des efforts supplémentaires. Les collectivités territoriales n'ont d'ailleurs pas toujours été à la pointe du progrès, nous avons longtemps connu beaucoup de retard.

Dans le département des Hauts-de-Seine le retard existait et nous l'avons rattrapé. Je ne voudrais cependant pas que nos collaborateurs que nous employons dans le cadre de ces fameux 6%, pensent que nous les avons employés uniquement parce qu'ils étaient handicapés.

Il nous faut bien avoir en tête que les personnes que nous choisissons, nous les choisissons pour leur efficacité au travail. C'est une notion importante que les chefs d'entreprises doivent avoir en tête. Tous ceux qui emploient des salariés qu'ils soient handicapés ou non, ont cette notion de rechercher des collaborateurs efficaces.
Toutes les enquêtes d'opinion montrent que dans 95% des cas, les personnes handicapées employées dans des entreprises donnent satisfaction. Je pense que si toutes les catégories d'employés donnaient autant satisfaction que ce chiffre de 95%, la vie d'un chef d'entreprise serait finalement beaucoup plus facile qu'elle n'est.

L'accès à l'emploi passe par la formation

En deuxième point je dirai que l'emploi ne signifie pas seulement emploi, activité, mais aussi formation.
Comment peut-on imaginer qu'une personne puisse trouver une activité, un emploi si elle n'a pas été correctement formée ? Dans le département des Hauts-de-Seine, nous avons mis aussi l'accent sur la formation des enfants et des collégiens et ensuite des lycéens avec la région. Les Unités pédagogiques d'intégration (UPI) en particulier étaient encore trop peu nombreuses il y a quelques années. Nous nous sommes fixés qu'il y ait une UPI par ville, et l'objectif sera rempli probablement l'année prochaine, comme nous avons multiplié par deux les CLIS également.

et l'accès aux transports

Un troisième point concerne le problème du transport. Qui dit activité dit nécessité de se transporter, et là je dois dire que la loi doit être appliquée. La loi fait obligation à la région par exemple, de prendre des mesures extrêmement précises en matière de transport. Je regrette qu'il y ait des retards.

Nous, départements, sommes en train de les étudier pour voir si nous pouvons aider la région. Mais voyez-vous l'expérience montre, Madame le Ministre, que plus on s'éloigne de l'échelon local, et vous le savez bien en politique, moins on est exigeant sur ses objectifs politiques.
Tout simplement parce que quand un Président de Conseil régional ne remplit pas ses obligations, quand il prend la décision de ne pas prendre ou appliquer telle ou telle mesure, eh bien il a moins de chances de voir arriver du monde dans son bureau le soir qu'un Maire ou un Président de Conseil régional. La proximité crée des obligations. Avec la Maison départementale du handicap, dont le Directeur de celle des Hauts-de-Seine, Thierry Gibert, est présent, nous avons maintenant cette obligation de proximité dont vous parliez.

Le handicap concerne tout le monde

Après les bonnes paroles et les actes, il y a le fait que le handicap concerne tout le monde. On l'entend souvent dire, qu'est-ce que cela signifie ?
Souvent quand on creuse un peu, les gens ne le déclinent qu'en disant "oui le handicap peut tous nous concerner". Ceci est vrai, mais c'est une vision peut-être réductrice, j'ose dire un peu égoïste : Autrement dit on ne s'intéresserait au handicap que parce qu'on en serait aussi menacé ? Vous convenez que dans une société qui se veut solidaire, c'est une notion un peu limitée, réductrice. Au fond cela concerne tout le monde pour d'autres raisons.

Comme l'a dit monsieur le Délégué Interministériel, Patrick Gohet, il faut considérer que dans une société dite « moderne », l'atout du handicap est un atout de lien social. Or la République est basée sur des valeurs : La liberté, l'égalité, la fraternité et la nation.
Ce principe de nation, quel est-il ? Beaucoup se sont essayé à définir la nation, mais il y a un principe qui est absolument vrai, celui que nous sommes, malgré nos différences, suffisamment proches les uns des autres pour accepter de vivre ensemble. Que nous soyons corses ou bretons, malgré nos différences, nous nous disons que ces différences ne sont rien par rapport à nos points communs, et nous acceptons d'être gouvernés par exemple par un auvergnat. De même que nous soyons fonctionnaires ou non, nos différences sont certes existantes, mais pas suffisamment importantes pour que nous n'acceptions pas de vivre ensemble. Eh bien que nous soyons des personnes handicapées ou valides, nos différences existent certes, il serait idiot de les nier, mais elles ne sont pas suffisantes non plus pour que nous n'acceptions pas de vivre ensemble. Au fond le handicap est aussi une chance pour que vive le lien social et s'exprime l'idée de nation.

La nation repose sur la notion de vivre ensemble

Il n'y a rien de plus terrible face à la nation que « les tribus ». La tribu est l'antithèse de la nation. La tribu, c'est la tribu du fonctionnaire contre celle qui n'est pas fonctionnaire, la tribu de celle qui a un emploi contre celle qui n'en a pas, la tribu de celle qui n'est pas handicapée contre celle qui l'est. La tribu est la fin de la nation, la fin du vivre ensemble.
Aujourd'hui Monsieur le Président, vous faites au fond de la politique, c'est à dire que vous déclinez avec ce thème important de l'emploi, la notion importante que la nation repose sur le principe du vivre ensemble. Alors, merci Monsieur le Président pour cette excellente idée.
Je vais formuler un vœu. Celui que dans les années qui viennent, je n'ai plus lieu d'être dans le département des Hauts-de-Seine, en tant que Vice-président « chargé du handicap ». Puisse un jour imaginer que ce poste n'existe plus.
Le but au fond est que la question du handicap ne se pose plus en tant que handicap mais se pose comme toute autre question de tout autre individu dans la société en matière d'emploi, de culture, de sport, d'activités de loisir, de transport, mais pas plus ni moins que pour une personne valide. Alors je formule le vœu que la délégation handicap disparaisse le plus vite possible et que cette journée d'aujourd'hui puisse conduire à ce qu'un jour elle devienne inutile.



HAUT