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"Bornes" ... to be "alive" !

A chaque stade, nous cherchons à développer l’autonomie !

Entretien avec Vincent BRUANT, responsable d’exploitation et Philippe PITTE, coordinateur des parcours ESAT et responsable de l’ESAT Hors les murs.

"Bornes" ... to be "alive" !

L’ESAT de LADAPT Seine-Maritime accueille une centaine de personnes reconnues travailleurs handicapés. Il est implanté sur la commune de Mesnil-Esnard (Seine-Maritime). Depuis sa création en 1966, les équipes ont développé des savoir-faire dans de nombreux domaines d’activités notamment dans le câblage électrique et électronique, une activité industrielle qui connait une évolution favorable pour l’Esat depuis la démocratisation de la voiture électrique. Cette activité ouvre aux travailleurs l’accès à de nouvelles compétences. Une nouvelle occasion pour les usagers de l’ESAT de se réaliser dans une activité professionnelle.

Pouvez-vous nous décrire en deux mots votre activité de câblage des bornes de rechargement pour voitures électriques ?

Nous assurons pour le groupe Legrand tout le process de production des bornes de rechargement à destination des particuliers ou copropriétés. Aujourd’hui ce sont 10 travailleurs qui peuvent intervenir sur cette activité. Nous produisons 30 bornes par semaine, ce qui représente environ 1/4 de l’activité de notre atelier de câblage.

Pouvez-vous nous expliquer en quoi consiste concrètement cette activité ?

L’activité se décline en trois parties : la coupe de fils et la préparation des faisceaux électriques qui mobilisent 3 à 4 ETP ; l’assemblage des faisceaux filaires et le montage final de la borne électrique qui concernent 2 à 3 ETP puis le contrôle de qualité. Nous intervenons de l’approvisionnement jusqu’à la livraison chez le client.

Comment a démarré cette activité ?

Après une expérience de 15 ans dans le domaine de l’électronique, j’ai acquis une culture professionnelle liée au câblage. Quand j’ai intégré le poste de responsable de production à l’ESAT, nous avons fait entrer un client, fabricant de pompes doseuses électriques qui n’avait pas cette compétence en interne. Ainsi, nous avons récupéré toute la partie câblage et préparation de ses cartes électroniques.

En voyant ce que l’on faisait déjà pour nos clients, le Groupe Legrand nous a approché et nous a testé au démarrage sur d’autres activités comme le conditionnement. Puis nous avons commencé à réaliser quelques faisceaux qui rentraient dans leur offre globale, pour aujourd’hui avoir intégré toute la chaine produit des bornes électriques.

Très tôt nous avons été impliqués dans les groupes de travail pour prendre avec eux les décisions techniques. C’est extrêmement riche. Les décisions prises peuvent avoir un impact sur les outils que nous allons utiliser et sur les opérations que nous menons en interne. Cela nous a permis également d’identifier là où en termes de formation nous étions en manque afin de faire monter en compétences les personnes. Nous avons également travaillé avec eux sur les documents techniques permettant de rendre les opérations accessibles aux travailleurs de l’ESAT.

Avez-vous réalisé des investissements ?

Oui, au-delà de l’outillage classique issu de notre activité de câblage, nous nous sommes équipés pour être en capacité à répondre au niveau de la réactivité de production attendue et de l’importance des quantités à produire. Nous avons automatisé certaines fonctions, notamment les fonctions simples comme la coupe et le dénudage de câble. La machine est programmée par la monitrice d’atelier et est complètement exploitée par un des travailleurs qui a été formé sur le choix des fils, le chargement, l’appel au programme, le contrôle des premières séries etc. Nous n’avons pas pour vocation de mécaniser toute l’activité, cela s’intègre à notre stratégie de développement des compétences.

De quelle manière cette activité s’intègre dans votre développement ?

Nous avons inscrit la diversification des activités à notre projet d’établissement pour proposer des compétences qui se rapprochent de ce qui se passe dans le milieu classique de travail.

Pour nous cela permettait de développer une activité plus complexe et, ainsi, d’accueillir des nouveaux travailleurs avec une ouverture à d’autres typologies de handicap qui incluent le handicap psychique. L’accueil de ces nouvelles personnes dans l’atelier a permis de dynamiser l’activité. Elles ont fait preuve de curiosité et ont rapidement trouvé un intérêt à l’activité et au fait d’être formées pour réaliser des tâches plus complexes.

Quel est le profil des travailleurs qui interviennent sur cette activité ?

Il n’y a pas forcément une typologie précise de personnes pour ce type d’activité. Il s’agit d’accompagner chacun dans l’apprentissage du métier. A chaque stade, nous cherchons à développer l’autonomie.

La formation des travailleurs handicapés se fait aujourd’hui en poste. Nous souhaitons à termes les amener vers la reconnaissance des acquis de l’expérience pour valider auprès des entreprises leurs compétences.

Quels sont vos projets ?

Aujourd’hui, nous répondons au premier besoin de notre client de constituer ses stocks pour la phase de vente. Nous entrons également dans une seconde phase qui va être d’analyser au mieux les outils, les méthodes et le mode opératoire utilisés pour les rendre plus accessible et pouvoir accueillir des personnes qui ne pourraient pas réaliser tout de suite cette prestation, mais qui néanmoins pourraient acquérir les bonnes compétences pour se lancer ensuite dans l’activité.

Grâce à la réussite de cette activité, nous sommes sollicités par d’autres clients pour lesquels nous réalisons un câblage avec une technicité différente de celle des bornes électriques et qui apporte une compétence supplémentaire aux personnes dans l’atelier.

Avez-vous des conseils pour les établissements du STPA qui souhaitent développer cet atelier ?

Le seul conseil que je peux donner, c’est de ne pas se lancer sans avoir des compétences en interne, tant pour bien comprendre les exigences qui ne sont pas forcément exprimées par le client, que dans l’accompagnement des travailleurs. Nous avons recruté une monitrice qui a une très bonne expérience industrielle et une réelle capacité à transmettre son savoir-faire au public accueilli.

Il est indispensable de bien prendre en compte leur fragilité psychique et éviter une charge de travail qui leur donnerait l’impression de ne pas être performant ou pourrait leur générer du stress. Il est nécessaire de bien adapter l’activité au rythme de chacune des personnes.

Depuis l’année dernière, notre établissement a été certifié ISO 9001 version 2015. Cela a forcément œuvré à rassurer une large partie de nos clients, notamment les grands industriels avec lesquels on travaille. Ils sont de fait rassurés de savoir que nous avons un système de management de la qualité qui est certifié ISO.

Quel est le retour que les travailleurs vous font sur cette activité ?

C’est une activité technique et valorisante. Dans leur quotidien, ils retrouvent ces produits et s’aperçoivent que c’est eux qui sont capables de les fabriquer.

Plus nous développons des activités complètes et complexes techniquement, plus nous allons faire évoluer les niveaux de compétences et plus ils perçoivent qu’ils peuvent évoluer dans leur parcours.

Comment voyez-vous l’avenir de cette activité ?

Le secteur industriel n’est pas en grand développement en France mais le choix de notre client Legrand était de conserver la compétence en local en faisant appel à notre Esat.

Une chose dont on est sûr : en termes de développement de soi, on a vu une véritable évolution parmi nos travailleurs. Ce sont des personnes qui ont des difficultés à travailler en milieu classique de travail malgré un niveau de compétences élevé. Là, elles retrouvent un réel plaisir à travailler sur une activité complète et élaborée. Cette activité permet aux personnes d’améliorer leur image de soi et de gagner en confiance. C’est un vrai moteur dans leur parcours professionnel.

Publié le : mardi 24 avril 2018


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