Entre handicap et projet, quand le social rejoint l’économique

depuis le jeudi 19 octobre 2006Monique PELLETIER | Présidente du Conseil National Handicap

Je suis heureuse d'être parmi vous pour ouvrir cette journée, à laquelle vous m'avez invitée en tant que nouvelle présidente du Conseil National Handicap.
Comme je l'avais dit en mai 2005 aux Etats généraux nationaux du handicap, organisés à l'UNESCO, et qui ont, Patrick Gohet ne me démentira pas, été un vrai moment de mobilisation collective en reflétant les attentes et les besoins, je me sentais prête alors à m'engager plus ; c'est sans doute le motif qui a poussé Julia Kristeva à me demander de lui succéder à la présidence du Conseil National Handicap.
J'ai hésité avant d'accepter car je pressentais la charge lourde que représente la défense du handicap. Un an après, je mesure mieux encore l'utilité de cette action qui sera d'autant plus efficace que les efforts seront unis et la solidarité entre les associations sans faille.
Car les rivalités, les concurrences dévalorisent l'action. J'ai très vite réalisé que les associations font un travail remarquable... et depuis bien longtemps. Il nous faut - et je parle de chaque association - respecter le travail des autres et ne pas chercher à agir à sa place.

Un rôle de "caisse de résonance"

Au Conseil National Handicap, nous nous sommes fixés un objectif modeste mais que je crois nécessaire. Le caractère « transversal » de notre association, qui nous conduit à défendre les handicapés - jeunes, vieux, moteurs, mentaux, polyhandicapés - quelle que soit la nature de leur handicap, nous amène à créer des liens, à rassembler, à faire connaître ce que font les uns les autres. Nous « suscitons » mais nous ne « faisons » pas. Nous souhaitons réunir des partenaires sur une action précise. Ainsi en est-il des états généraux départementaux que nous allons développer à partir des maisons du handicap en réunissant le conseil général, les élus, les entreprises locales, les associations et les partenaires intéressés - CNSA, ANAH - la presse régionale etc. ....
Cela permettra de rassembler localement mais aussi de faire savoir ici et là les expériences réussies comme d'identifier les lacunes et les besoins. Notre rôle de « caisse de résonances » de facilitateur de l'action, trouvera dans ces états généraux sa pleine utilité.

Les associations lucides sur la necessité de s'adapter au monde de l'entreprise

La loi de février 2005 marque une vraie évolution. Il reste à la voir appliquer réellement. La bonne volonté ne suffira pas, chacun doit agir avec la compétence professionnelle nécessaire et adopter - notamment face à l'entreprise - un comportement nouveau.
Lorsque Pierre Blanc, le vice-président de l'AGEFIPH, aux journées organisées par Patrick GOHET avec la délégation interministérielles du handicap, le 12 octobre dernier, parle de « comportement managérial » on peut être plein d'espoir. Les associations sont très lucides sur la nécessité pour elles aussi de s'adapter au monde de l'entreprise.

L'emploi est le problème majeur du handicap

Vous avez choisi d'inscrire votre colloque sous le signe de la relation entre entreprise et handicap, et je vous félicite. Car outre les problèmes d'accessibilité et d'insertion des enfants handicapés à l'école notamment, l'emploi reste le problème majeur du handicap.

De nombreux pays font mieux que nous en réservant plus d'emplois aux handicapés. Que nous manque-t-il pour faire de même :

  • Une meilleure information sur les postes disponibles et la nature du handicap, permettant de les insérer.
  • Une information aussi à tous ceux qui travaillent dans l'entreprise pour les préparer à bien accueillir le travailleur handicapé.
  • Une meilleure gestion des rencontres entre un entrepreneur qui doit prévoir les aménagements nécessaires et s'adapter à la différence du candidat qu'il a devant lui, et un handicapé qui doute de lui pour avoir été trop souvent exclu.
  • Une formation spécifique de ceux qui ont à gérer ces problèmes dans l'entreprise et la désignation d'un responsable du handicap au sein de l'entreprise.

Avec l'accès à l'emploi, le coût de la compensation sera moins lourd

On sait que ces emplois sont marqués du signe de la satisfaction et de la réussite pour 93% des patrons, ils sont encore trop peu nombreux puisque le chiffre de 6% n'est guère respecté en France. Rappelons que si les handicapés sont plus nombreux à exercer une activité professionnelle, le coût de la « compensation » prévue par la loi sera moins lourd.

C'est grâce à des initiatives comme la vôtre que cette question trouvera sa solution, et je vous félicite de tout cœur.

Sachez que le CNHandicap dont l'objectif est « sensibiliser, informer, former » est à votre disposition pour faire savoir, proposer, réunir et aider à l'insertion des handicapés dans tous les domaines de la vie... et particulièrement dans celui de l'emploi.



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