Les relations entre l’entreprise et le secteur adapté

depuis le jeudi 19 octobre 2006Gérard LEFRANC | Directeur de la Mission Insertion du Groupe THALES

L'histoire du handicap chez Thales a démarré en 1992, avec la signature d'un premier accord d'entreprise qu'il a fallu préparer pendant 2 ans. Nous avions créé une association appelée Handi Thomson (puisqu'à l'époque Thales était THOMSON-CSF).
Nous avons depuis signé cinq accords d'entreprise, et notre premier accord groupe a été signé en 2004 pour une durée de 4 ans jusqu'en 2007.
Il faut savoir que la loi de 2005 était très attendue par les entreprises. Ensuite les décrets d'application sont parus assez rapidement, ce qui a permis une mobilisation rapide.
Les entreprises passent de plus en plus d'accords d'entreprise car ils constituent un bon moyen de formaliser les choses et de pouvoir entrer très vite en action. Les accords d'entreprises, pour la plupart, prennent en compte la sous-traitance et le travail avec le milieu protégé.

Les dispositions sont-elles suffisamment incitatives ?

La loi impose des obligations aux entreprises, et en fonction, elles bâtissent des stratégies qui ont du sens.

L'un des premiers impacts de la loi sur les entreprises concerne le taux d'emploi. Les entreprises apprécient de communiquer sur ce thème et de pouvoir l'intégrer dans le rapport social d'entreprise.
Par exemple, pour l'ensemble du groupe Thales, le taux d'emploi actuel est de 5,96%. Mais dans le cadre de la nouvelle loi, avec la suppression des catégories A, B, et C, ce taux va descendre, d'après mes simulations, à 3,7% bien qu'il y ait toujours 1390 personnes handicapées employées dans le groupe Thales
Par contre la loi dit aussi : "Vous pouvez faire 50% de votre obligation avec le secteur protégé". Même si notre accord Groupe veut renforcer l'axe « sous-traitance aux entreprise adaptée », cela va être difficile.
Des chiffres : une unité bénéficiaire, donc l'équivalent temps plein d'un travailleur handicapé, correspond à 16 K€ de sous-traitance directe de main d'œuvre à une entreprise adaptée. Cette unité bénéficiaire permet à l'entreprise de diminuer sa contribution de 4650€ soit un gain d'achat de 20%.

Pour un Groupe comme Thales il est donc très important de pouvoir communiquer sur un taux global d'emploi intégrant à la fois l'emploi direct et la sous-traitance au secteur protégé.
La sous-traitance au milieu protégé a donc à la fois un intérêt immédiat en termes, de diminution de la contribution, mais aussi en termes de communication autour du handicap notamment dans le rapport social de l'entreprise.
C'est d'autre part très démotivant pour le personnel d'une entreprise de constater que le taux d'emploi à chuté car nous avons des chefs de service, des équipes qui se battent pour intégrer des personnes handicapées.

Les freins que le secteur protégé devra surmonter

Je ne parlerai pas de freins, je pense que « la machine est partie et elle va rouler de plus en plus en vite ». Par contre, il faut que les acteurs apprennent à se connaître. Il faut bien comprendre la logique d'une entreprise en termes d'achats.
J'ai la chance d'avoir été Directeur des achats du siège de Thales pendant cinq ans. Cette fonction donne des réflexes et un rapport à l'argent décomplexé, on n'a plus peur de parler « gros sous ». Or il faut que le secteur protégé commence à parler économie et gros sous : Quelle est et a été la logique de l'entreprise en termes d'achats ?
Les entreprises essaient de diminuer leur nombre de fournisseurs, pour en avoir moins à gérer, diminuer les couts et aussi disposer de leviers qui permettent d'augmenter des possibilités de gains.
Si vous confiez toute votre sous-traitance d'espaces verts à une entreprise, vous estimez que cette entreprise va vous faire des prix particuliers : gros volumes=prix diminués.
La logique d'un acheteur est celle du gain, puisque c'est là-dessus qu'il va être jugé.
Les entreprises adaptées et le secteur protégé doivent comprendre qu'elles vont s'adresser à des acheteurs, et leur parler en termes de gains. « Les Missions Insertion trop sympa, c'est fini ». Ils vont traiter avec des acheteurs.
Bien sur, les Missions Insertion vont être là pour aider le secteur protégé à travailler avec les acheteurs. Un groupe de plusieurs entreprises va ainsi se réunir dans le cadre d'un groupe de travail. Les Missions Insertion vont amener avec elles des acheteurs pour essayer de bâtir une politique d'achat globale qui pourra être déclinée dans les différentes entreprises, vis-à-vis du secteur protégé. Il ne s'agit pas d'avoir une stratégie de battant mais une stratégie « gagnant-gagnant ».
Le rôle des Missions Insertion est de sensibiliser la communauté d'acheteurs et la mettre en relation avec le secteur protégé pour qu'un dialogue se mette en place. Vous ne pouvez pas parler à un acheteur si vous ne parlez pas de gains, d'interlocuteur unique et de diminution du nombre de fournisseurs.
Voilà le message que je veux faire passer, et croyez-moi les entreprises sont en train de travailler sur ce sujet avec des groupements d'achats ; Le relais se fera aussi grâce à la formation des étudiants dans les écoles de commerce ou dans les masters achats qui rejoindront les entreprises.



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